Toutes les factures impayées ne méritent pas d'être poursuivies sans fin. À un moment, le temps et le coût du recouvrement dépassent la somme due. Savoir reconnaître ce moment, plutôt que de courir après indéfiniment, fait normalement partie de la vie d'une entreprise.
Reconnaître le moment d'arrêter
Quelques signaux montrent qu'il vaut mieux passer la facture en perte que continuer :
- Le coût de la poursuite dépasse la somme due : la commission d'une société de recouvrement, des frais d'huissier ou d'avocat, ou simplement votre temps peuvent rendre l'effort perdant, même si vous « gagnez » sur le papier.
- Le client est réellement insolvable : redressement ou liquidation judiciaire, dissolution, ou impossibilité de payer quelle que soit la pression.
- Vous avez épuisé les démarches raisonnables : relances, mise en demeure, peut-être un recouvrement amiable ou une injonction de payer, sans résultat, et une procédure plus lourde n'est pas réaliste pour ce montant.
Il n'y a pas de seuil universel : c'est un arbitrage entre le montant, le coût réaliste du recouvrement et les chances de succès. Notre calculateur de taux de créances irrécouvrables vous montre quelle part de vos ventes à crédit les impayés représentent. C'est souvent plus utile pour décider que de regarder une seule facture.
Ce que « passer en perte » veut dire
Passer une créance en perte revient à la sortir de vos créances clients, c'est-à-dire de l'argent que vous comptez encore encaisser. Vous ne prétendez pas que le client ne doit plus rien. Vous reconnaissez que garder cette créance comme un actif ne reflète plus la réalité. C'est une question de comptabilité et, en France, aussi de fiscalité : la perte sur créance peut être déductible, et la TVA déjà versée peut être récupérable sous conditions. Les règles dépendent de votre régime (réel, micro). Demandez conseil à votre expert-comptable.
Cela n'empêche pas de recouvrer plus tard
Passer une facture en perte comptablement n'éteint pas la dette. Vous pouvez toujours réclamer le paiement plus tard si la situation du client s'améliore. Cela décrit la façon dont vous l'enregistrez aujourd'hui, pas une renonciation définitive. Attention toutefois aux délais de prescription : en matière commerciale, l'action en paiement se prescrit en principe par cinq ans.
La prévention compte plus que la perte elle-même
Une créance irrécouvrable occasionnelle est un coût normal d'activité. Une série d'impayés, avec un taux qui monte, est un signal à examiner. Accordez-vous du crédit à des clients qui n'auraient pas dû en recevoir ? Ou votre dispositif de détection précoce (voir réduire les retards de paiement) ne fonctionne-t-il pas comme prévu ?
Passer une dette en perte n'est pas un échec. L'erreur, c'est de continuer à porter une facture que vous ne récupérerez pas, en la comptant comme un actif.